
Jean-Louis
Roseberry a le bois dans le sang. Tout petit, lorsqu'il visitait la menuiserie
de son grand-père, il s'enivrait de l'odeur du bois coupé et écoutait avec
délices la "symphonie" des marteaux. Adolescent il admirait la beauté d'un
meuble ancien fini et rêvait de pouvoir un jour connaître l'art de la fabrication
de meubles. C'est donc tout naturellement que son Cégep terminé, il fait son
premier apprentissage d'ébéniste dans un atelier à Grondines (QC), avec un
maître spécialise dans l'art de la fabrication de meubles antiques. Durant
presque trois ans, il se familiarise avec le meuble traditionnel québécois
d'inspiration française Louis XIII, les multiples assemblages et travaille
sur plusieurs pièces d'envergure. Cette expérience sera extrêmement enrichissante
et lui permettra, lors d'une participation au Salon des Artisans, de faire
la connaissance de personnes responsables des échanges France-Québec, dont
le directeur des Chambres de Métiers de Bretagne.
Lors
d'un stage de perfectionnement, M. Roseberry rencontre un artisan breton renommé,
Yves Palamour qui deviendra par la suite son maître en France. Car l'idée
d'aller en Europe afin d'y acquérir une connaissance approfondie du meuble
français était en train de mûrir dans sa tête. Au Québec, par manque d'école
spécialisée et par manque de collaboration entre les artisans, cette possibilité
n'existait pas.
Une demande
de bourse d'échange pour étudiants québécois et français étant un long processus,
et l'économie du Québec étant en pleine crise suite au référendum, M. Roseberry
en profite pour venir redécouvrir la Colombie-Britannique (qu'il avait déjà
visitée dans le cadre d'un échange lorsqu'il était jeune étudiant). Il y demeure
presque deux ans, période durant laquelle il travaille à la plantation d'arbres
et prépare son dossier de candidature. Sa bourse d'échange en poche, M. Roseberry
rejoint son maître ébéniste en Bretagne pour une expérience qui restera inoubliable
tant sur le plan professionnel que personnel. Yves Palamour était un des meilleurs
ébénistes de France, ancien élève de l'École de Boules de Paris, l'école d'ébénisterie
par excellence, qui existe encore aujourd'hui mais qui est de plus en plus
orientée sur la formation en design.
Durant 16 mois, il suit une formation intensive dans l'atelier d'Yves Palamour
en commençant par apprendre l'utilisation d'outils manuels comme au 18ème
siècle. Il apprend à les affûter, à reconnaitre la verticalité de l'outil
dans l'espace et à maîtriser les divers assemblages traditionnels. Le but
étant de posséder le geste juste et précis. Même si les outils mécaniques
ont aujourd'hui remplacé les outils traditionnels, il y a toujours des situations
où l'on doit revenir au savoir faire manuel. D'où l'importance de cette formation.
Parallèlement au stage en atelier, M. Roseberry suit aux Chambres de Métiers
de Bretagne des cours d'histoire de l'art (la fabrication de meubles va de
pair avec l'évolution des moeurs et des sociétés) ainsi que des cours de dessin
technique où il apprend à maitriser les proportions et à faire des mises en
plan (toutes les difficultés doivent être résolues sur papier, avant de commencer
à produire le meuble).
Fort
de son expérience et de sa formation, M. Roseberry revient à Québec et démarre
son entreprise d'ébénisterie. Les réalisations se succèdent : Pub St Alexandre,
Librairie du Nouveau Monde, apparitions dans le magazine "Décoration Chez
Soi", plusieurs contrats chez des particuliers, etc. Petit à petit, il commence
à être connu mais peut difficilement faire ses frais. Le Québec est alors
en pleine récession, ce qui n'est pas le cas en Colombie-Britannique. Il prend
donc la décision de retourner à Vancouver, décision qu'il ne regrette pas.
Après avoir été employé comme menuisier de finitions à Whistler, il décide
de se relancer en affaires. Pour limiter les coûts, il monte son atelier à
domicile. En effet, c'est son garage qui fait office de grand atelier d'ébénisterie.
Avec les outils dont il disposait déjà et ceux obtenus grâce a un prêt, il
a pu démarrer son entreprise il y a maintenant quatre ans. Il a eu la possibilité
de construire une extension à son atelier. L'espace actuel est agréable et
lui permet de travailler dans de très bonnes conditions. Mais quelles sont
ses réalisations ici, en Colombie-Britannique ? En grande partie, des finitions
intérieures haut de gamme chez des privés, des rénovations (tel un portique
avec puit de lumière et gouttière en bois), des réparations sur voiliers et
des meubles : banquettes, Vanity; grand lit double, portes sur mesure, cellier
et une partie de l'ameublement du restaurant Salade de Fruits à Vancouver.
Aujourd'hui,
M. Roseberry peut vivre de son art. Idéalement, il aimerait mettre de côté
les finitions intérieures pour ne se consacrer qu'à la fabrication de meubles
du 18ème siècle, sa spécialité. Il en est conscient, se faire un nom prend
du temps mais grâce à la télévision Radio-Canada, il a déjà pu bénéficier
de quelques minutes de visibilité dans le cadre de leur série "Portraits de
francophones" diffusée lors du journal du soir. Son souhait le plus cher serait
d'obtenir une subvention ou de trouver un mécène qui lui apporterait un soutien
financier lui permettant la préparation d'une exposition. Car pour monter
une exposition, il faut pouvoir cesser de travailler pour les autres et ne
penser qu'à la création de ses propres pièces. Etre artisan ébéniste à notre
époque, comme l'est Jean-Louis Roseberry, c'est produire avec des techniques
traditionnelles adaptées à de l'outillage et de a machinerie modernes, des
meubles et des objets différents dans leur style, leur forme, leur beauté,
leur durabilité et leur unicite. Rien qui ne ressemble à IKEA !


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